Bourse : les dix premières valeurs pèsent 38 % de l’indice et 2,7 % de la hausse
La concentration du S&P 500 atteint un record historique. Mais au premier semestre, la progression de l’indice a été portée à 97 % par les 490 autres valeurs, selon une étude publiée le 27 août. De quoi nuancer le procès fait aux portefeuilles indiciels.
L’argument est devenu un lieu commun des réunions patrimoniales : investir dans un fonds indiciel mondial reviendrait à acheter sept valeurs technologiques américaines. Les chiffres de concentration lui donnent raison. Les dix premières capitalisations du S&P 500 représentaient 24,20 % de l’indice en 2000, 18,88 % en 2010, 26,65 % en 2020, et 37,92 % au premier trimestre 2026, d’après les positions déclarées par le principal fonds indiciel répliquant l’indice. À fin juillet, un autre fonds de référence portait ce poids à 38,16 %. Jamais l’indice américain n’a été aussi étroit.
C’est le second chiffre qui dérange le raisonnement. Sur les six premiers mois de 2026, le S&P 500 en cours de bourse est passé de 6 845,50 points à 7 499,36 points, soit une progression de 9,55 %. En attribuant à chaque valeur sa contribution, calculée à partir de son poids au 31 décembre et de son rendement sur le semestre, les dix premières lignes n’expliquent que 0,26 point de cette hausse. Soit 2,7 % de la performance. Les plus de 490 autres valeurs en ont porté 97,3 %, avec 9,29 points.
Deux poids lourds en repli
L’explication tient à quelques trajectoires individuelles. Deux des plus grosses pondérations de l’indice ont reculé sur la période, Microsoft de 22,87 % et Meta Platforms de 14,67 %, neutralisant une bonne partie de la contribution positive d’Alphabet, en hausse d’environ 14 % selon la classe d’actions, de Nvidia, en progression de 7,29 %, et de Broadcom, à 9,15 %. La concentration des poids et la concentration de la performance sont deux choses différentes, et elles peuvent évoluer en sens inverse.
Ces calculs proviennent d’une étude publiée le 27 août par Ramify, société de gestion en ligne, à partir des documents réglementaires déposés auprès du régulateur américain et des positions publiées par les fonds indiciels. La méthodologie est classique en attribution de performance, avec ses limites habituelles : rendements en dollars, hors dividendes, poids figés en début de période. « Un marché concentré peut le rester et continuer de monter pendant des années », commente Olivier Herbout, cofondateur et directeur général de la société. « La concentration ne doit pas être traitée comme un signal de vente, mais comme un facteur de risque à surveiller dans le dimensionnement des positions. »
Ce que change le choix de l’indice
Pour un épargnant français, la question pratique n’est pas de savoir s’il faut vendre les valeurs technologiques, mais de mesurer ce qu’il détient réellement. Le MSCI World, référence de la plupart des allocations mondiales logées en assurance-vie ou en plan d’épargne en actions, compte 1 282 composants et concentre 26,41 % de son poids sur ses dix premières lignes au 31 juillet, avec Nvidia à 5,18 %, Apple à 5,07 % et Microsoft à 3,66 %. Sa performance depuis le début de l’année s’établit à 10,52 %.
À structure comparable, l’Europe offre un profil différent : le STOXX Europe 600, avec environ 600 lignes, affiche un top 10 à 19,55 % de l’indice, soit près de moitié moins que le S&P 500. La comparaison avec l’EURO STOXX 50 n’aurait pas de sens, un indice à cinquante valeurs gonflant mécaniquement le poids de ses premières lignes.
L’histoire de ce classement invite d’ailleurs à la prudence sur les extrapolations. En 2000, General Electric et Cisco dominaient le sommet du S&P 500. En 2010, c’était Exxon Mobil. Aujourd’hui Nvidia, Apple et Alphabet. Les trois configurations ont paru définitives en leur temps, et aucune n’a tenu dix ans. Un investisseur qui achète un indice pondéré par les capitalisations achète précisément ce mécanisme de rotation, avec son inconfort : il détient beaucoup de ce qui a monté et peu de ce qui montera.
L’écart de concentration ne dit rien de l’écart de performance, et c’est là que le raisonnement se complique. Le S&P 500 en rendement total progressait de 13,76 % au 27 août, le CAC 40 d’environ 2 % après avoir inscrit un record en séance à 8 693 points le 5 août puis reflué à 8 320 points, sur fond d’inquiétudes budgétaires françaises. Un investisseur qui aurait fui la concentration américaine en 2026 aurait acheté de la diversification en payant une performance moindre. Ce n’est pas un argument contre la diversification, c’en est le prix, et il se paie certaines années.


